Du multiculturel aux conflits ethniques
L'un des grands problèmes de notre temps concerne la gestion d'une société ultra-plurielle, aussi bien au niveau ethnique qu'au niveau religieux, au niveau culturel qu'au niveau des classes sociales. La grande question n'est plus "comment peut-on unir les citoyens au-delà de leur diversité" mais plutôt: "peut-on encore unir les citoyens malgré l'aggravation de leurs divergences?"L'excellent observateur Alain Finkielkraut s'est régulièrement demandé si une société multiraciale n'engendrerait pas une société multiraciste. Question brûlante qui soulève passions et polémiques incessantes. Mais qui persiste à se poser au gré de chaque jour, au vu d'une masse de faits divers et d'une multitude de discours, de témoignages, d'expériences directement vécues. Les politiciens semblent rechigner à y répondre, à s'y attaquer de front. Ceux qui l'osent sont relégués, parfois à juste titre, au ban de l'extrémisme et de la peste brune. Pourtant, les votes européens montrent le grand intérêt des citoyens pour un traitement direct et sans fard du problème. Un problème qui, objectivement, amène avec lui les catégories de l'immigration, de l'identité nationale, de la civilisation et de la (non-)compatibilité des cultures entre elles.
Une moralisation excessive et aveugle de ces problèmes amène à tracer des camps, plus faciles à cerner pour les politiciens que la question elle-même, et qui leur permettent de s'en détourner. Ainsi, qui s'oppose à l'immigration tout en défendant l'identité nationale peut facilement être taxé de "raciste" ou "xénophobe", et le débat s'arrête. De même, qui défend le mélange et le métissage sera qualifié d'humaniste, de pacifiste, comme un prêcheur de bonne parole gentiment utopique. Et encore, ceux qui noient le problème dans un langage pseudo-scientifique, à travers l'analyse de complexités plus ou moins réelles, allant jusqu'à faire voir un imaginaire "envers du décors", ceux-là ne servent qu'à perdre du temps et à promouvoir une culture de la bonne conscience, aussi vaine qu'hypocrite (je pense ici aux sociologues et autres intellectuels post-marxistes qui alimentent la parole médiatique de bons sentiments et de révoltes petites-bourgeoises).
La situation des émeutes et de la délinquance laisse entrevoir un nombre de faits têtus, qui résistent au recouvrement moralisateur et au détournement poli. La question des violences civiles se pose, de même que la question d'un choc civilisationnel, lié au contexte démographique. En tant que citoyens, nous avons la responsabilité de poser ces questions de façon directe, afin que les dirigeants en prennent acte et abandonnent enfin les tentations de la langue de bois. Tant que ce point ne sera pas clairement débloqué, la tension ne cessera de couver et d'alimenter les pires rancoeurs.
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