Mardi 7 juillet 2009
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17:44
L'hégélianisme dévoyé de la modernité a produit une forme courante de mentalité qui, sous prétexte de tolérance,
se traduit comme-ci: "Au bout du compte, les débats ne mènent à rien, tout se vaut, et la vérité doit se trouver dans la synthèse des opposés." Si un raisonnement rigoureux n'aurait aucun mal à
démontrer ce que ce genre de sophisme couvre de vain et d'erroné, il est en revanche plus difficile de renverser concrètement la tendance dominante qui l'adopte. Par cette tendance, l'individu
contemporain rejette toute hiérarchisation de valeurs, de moeurs et de jugements esthétiques. La distinction entre le vrai et le faux ne compte plus comme critère ultime de discernement, mais
intervient de temps à autres à titre de résidu logico-formel qui, au final, importe peu.
Les notions fondamentales attribuées au monde humain se laissent ainsi happées par la déchéance d'une opinion inerte. Le bien et le mal, le glorieux et le médiocre, l'être et le non-être mêmes, finissent par se confondre dans cette synthèse brumeuse où se perdent les distinctions et le sens. Le malheur du relativisme peut aussi bien être ressenti par ceux qui le rejettent que par ceux qui le pratiquent. Du relativisme, il subsiste un manque d'être, un défaut de persévérance, qui ne se laisse pas combler mais peut se laisser oublier provisoirement dans les vices et les divertissements.
Face à ce processus déplorable d'appauvrissement du sens, certains sont tentés de tomber dans un excès inverse, celui de l'extrémisme et de l'absolutisme figé. La non-opinion du relativiste est dangereuse, mais il est également risqué de tomber dans la sur-opinion de l'extrémiste. Le relativisme procède par mise entre parenthèses de toute gravité morale dans le monde, l'extrémiste absolutise au contraire la gravité morale du monde mais sous l'angle réduit de telle ou telle région ontique. La mise entre parenthèses absolue du relativiste devient mise entre parenthèses relative chez l'absolutiste. Voilà, en réalité, pourquoi l'absolutisation pratiquée par l'extrémiste n'est qu'une réponse faible, inadéquate, simple alternative d'égale consistance, au danger du relativisme.
Considérant que le relativisme comporte dans son attitude une certaine part de paresse d'esprit, propre au genre plus large de la sottise, on peut s'apercevoir qu'à la sottise doit répondre la contradiction d'une sagesse, et que seul un principe de sagesse saura répliquer efficacement au danger produit par un acte de sottise. Absolutiser un aspect de la réalité, s'y focaliser et en faire la cause de tous les maux ou la raison de mettre en oeuvre tout projet digne de ce nom, n'est-ce pas là encore la manifestation de quelque manque d'esprit, de sottise? Il faut d'abord distinguer le relativisme, qui justifie régulièrement sa posture par l'invocation d'un sage agnosticisme, de la modération, qui n'a jamais été remise en cause en tant que réel principe de sagesse. La modération consiste à éviter la fermeture des possibles à l'égard de tel ou tel visage du vrai. En d'autres termes, lorsque j'affirme ma conviction, je demeure dans une pure positivité qui ne ferme pas la possibilité d'une autre optique possible (en ne prenant pas le soin de la nier a priori). Dans l'effet, la modération produit l'ouverture au dialogue et la pacification des rapports inter-subjectifs.
Le relativisme naît d'un abandon, d'une fatigue propre aux dérives de l'histoire. De même, une réaction absolutiste de grande ampleur serait encore une fois la conséquence d'une détermination purement historique. Le principe de modération est seul propre à traverser ces deux époques, se conservant dans un même mode de sagesse. Principe tranhistorique qu'il demeure salutaire d'adopter. Ce qui légitime fondamentalement le rejet de l'attitude relativiste se traduit comme volonté d'être dans le vrai. De l'autre côté, ce même genre de volonté est seul propre à objecter à l'extrémisme ses prétentions à la vérité, dès lors que la situation se fige dans un absolutisme de type totalitaire. Sursumant les deux attitudes, qui relèvent finalement d'un même genre d'attitude, la sagesse modératrice élève l'intelligence au vrai, et rend sa parole douée d'un éclaircissement toujours plus affiné. Si tant est qu'on admette qu'être dans le vrai suppose de connaître les principes d'une vie en quête de sa propre dignité, il devient alors encore plus clair que la vertu de modération est chemin propre à conduire l'individu à son but. Dans les actes, la modération ne s'abstient pas de se positionner, de poser sa conviction, d'interroger ce qui interroge dans l'attente d'une réponse. Mais le dire modéré, outre sa positivité, laisse la voie ouverte aux possibles de la vérité, sachant que l'un pourrait s'y manifester demain.
Parce qu'il se méfie de l'excès, le modéré ne sera ni happé par les vaines dislocations du scepticisme, ni emporté par les passions naïves de l'absolutisme. Il posera des convictions qui seront rarement mises en cause, mais qui s'enrichiront le plus souvent de la vérité. Écoutant les uns et les autres, tranchant selon de rigoureux critères, celui qui sait comment bien conduire son propos sait où chercher la meilleure façon d'être dans le vrai. Ainsi, la négligence et la naïveté atteignent peu le raisonnement et le mode d'être d'un esprit modéré. En réalité, l'amour de la vérité est tel chez le modéré qu'il ne saurait pas supporter de la voir déformée, rendue grossière au point d'être irreconnaissable. Le modéré conserve et transforme ce qu'il gagne, accumule et innove pour l'édifice de sa vie, à l'inverse du relativiste qui perd ou de l'extrémiste qui sélectionne. Pour se modérer, il ne s'agit pas tant d'oecuménisme que d'universalité. Là où l'un persiste à idéaliser le synthétique, l'autre s'attache à ne pas négliger la pluralité constitutive du réel. Au néant relativiste, un esprit modéré oppose la positivité d'une quête concrète; à l'univocité absolutiste, ce même esprit oppose une universalité qui ne contredit pas la réalité des multiples contingences. Il y a une liberté dans la modération qui ne se retrouve pas ailleurs: la liberté de chercher la vérité où qu'elle puisse advenir, et du coup se rendre disponible à sa vision sans oeillère.
Les notions fondamentales attribuées au monde humain se laissent ainsi happées par la déchéance d'une opinion inerte. Le bien et le mal, le glorieux et le médiocre, l'être et le non-être mêmes, finissent par se confondre dans cette synthèse brumeuse où se perdent les distinctions et le sens. Le malheur du relativisme peut aussi bien être ressenti par ceux qui le rejettent que par ceux qui le pratiquent. Du relativisme, il subsiste un manque d'être, un défaut de persévérance, qui ne se laisse pas combler mais peut se laisser oublier provisoirement dans les vices et les divertissements.
Face à ce processus déplorable d'appauvrissement du sens, certains sont tentés de tomber dans un excès inverse, celui de l'extrémisme et de l'absolutisme figé. La non-opinion du relativiste est dangereuse, mais il est également risqué de tomber dans la sur-opinion de l'extrémiste. Le relativisme procède par mise entre parenthèses de toute gravité morale dans le monde, l'extrémiste absolutise au contraire la gravité morale du monde mais sous l'angle réduit de telle ou telle région ontique. La mise entre parenthèses absolue du relativiste devient mise entre parenthèses relative chez l'absolutiste. Voilà, en réalité, pourquoi l'absolutisation pratiquée par l'extrémiste n'est qu'une réponse faible, inadéquate, simple alternative d'égale consistance, au danger du relativisme.
Considérant que le relativisme comporte dans son attitude une certaine part de paresse d'esprit, propre au genre plus large de la sottise, on peut s'apercevoir qu'à la sottise doit répondre la contradiction d'une sagesse, et que seul un principe de sagesse saura répliquer efficacement au danger produit par un acte de sottise. Absolutiser un aspect de la réalité, s'y focaliser et en faire la cause de tous les maux ou la raison de mettre en oeuvre tout projet digne de ce nom, n'est-ce pas là encore la manifestation de quelque manque d'esprit, de sottise? Il faut d'abord distinguer le relativisme, qui justifie régulièrement sa posture par l'invocation d'un sage agnosticisme, de la modération, qui n'a jamais été remise en cause en tant que réel principe de sagesse. La modération consiste à éviter la fermeture des possibles à l'égard de tel ou tel visage du vrai. En d'autres termes, lorsque j'affirme ma conviction, je demeure dans une pure positivité qui ne ferme pas la possibilité d'une autre optique possible (en ne prenant pas le soin de la nier a priori). Dans l'effet, la modération produit l'ouverture au dialogue et la pacification des rapports inter-subjectifs.
Le relativisme naît d'un abandon, d'une fatigue propre aux dérives de l'histoire. De même, une réaction absolutiste de grande ampleur serait encore une fois la conséquence d'une détermination purement historique. Le principe de modération est seul propre à traverser ces deux époques, se conservant dans un même mode de sagesse. Principe tranhistorique qu'il demeure salutaire d'adopter. Ce qui légitime fondamentalement le rejet de l'attitude relativiste se traduit comme volonté d'être dans le vrai. De l'autre côté, ce même genre de volonté est seul propre à objecter à l'extrémisme ses prétentions à la vérité, dès lors que la situation se fige dans un absolutisme de type totalitaire. Sursumant les deux attitudes, qui relèvent finalement d'un même genre d'attitude, la sagesse modératrice élève l'intelligence au vrai, et rend sa parole douée d'un éclaircissement toujours plus affiné. Si tant est qu'on admette qu'être dans le vrai suppose de connaître les principes d'une vie en quête de sa propre dignité, il devient alors encore plus clair que la vertu de modération est chemin propre à conduire l'individu à son but. Dans les actes, la modération ne s'abstient pas de se positionner, de poser sa conviction, d'interroger ce qui interroge dans l'attente d'une réponse. Mais le dire modéré, outre sa positivité, laisse la voie ouverte aux possibles de la vérité, sachant que l'un pourrait s'y manifester demain.
Parce qu'il se méfie de l'excès, le modéré ne sera ni happé par les vaines dislocations du scepticisme, ni emporté par les passions naïves de l'absolutisme. Il posera des convictions qui seront rarement mises en cause, mais qui s'enrichiront le plus souvent de la vérité. Écoutant les uns et les autres, tranchant selon de rigoureux critères, celui qui sait comment bien conduire son propos sait où chercher la meilleure façon d'être dans le vrai. Ainsi, la négligence et la naïveté atteignent peu le raisonnement et le mode d'être d'un esprit modéré. En réalité, l'amour de la vérité est tel chez le modéré qu'il ne saurait pas supporter de la voir déformée, rendue grossière au point d'être irreconnaissable. Le modéré conserve et transforme ce qu'il gagne, accumule et innove pour l'édifice de sa vie, à l'inverse du relativiste qui perd ou de l'extrémiste qui sélectionne. Pour se modérer, il ne s'agit pas tant d'oecuménisme que d'universalité. Là où l'un persiste à idéaliser le synthétique, l'autre s'attache à ne pas négliger la pluralité constitutive du réel. Au néant relativiste, un esprit modéré oppose la positivité d'une quête concrète; à l'univocité absolutiste, ce même esprit oppose une universalité qui ne contredit pas la réalité des multiples contingences. Il y a une liberté dans la modération qui ne se retrouve pas ailleurs: la liberté de chercher la vérité où qu'elle puisse advenir, et du coup se rendre disponible à sa vision sans oeillère.
Par Réflexion contemporaine
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Publié dans : polémique
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L'un des grands problèmes de notre temps concerne la gestion d'une société ultra-plurielle, aussi bien au niveau ethnique qu'au niveau religieux, au niveau culturel qu'au niveau
des classes sociales. La grande question n'est plus "comment peut-on unir les citoyens au-delà de leur diversité" mais plutôt: "peut-on encore unir les citoyens malgré l'aggravation de leurs
divergences?"
Le terme de "présentisme" renvoie à une attitude adoptée par l'individu occidental depuis une poignée de décennies. Ce terme
s'oppose aux notions de transmission et d'héritage d'une part, de prévoyance et de projet d'autre part. Il caractérise le comportement contemporain dans la mesure où règne en Occident un certain
culte de l'immédiateté et de la satisfaction des désirs indifférenciés. Le présentisme signale un déplacement opéré au niveau moral et culturel, qui amène l'individu à compter non plus sur les
forces léguées par son passé historique mais sur les potentialités offertes à portée de sa main par l'actualisation de tout état de choses. Autrement dit, on peut attribuer le versant positif du
présentisme à l'abondance des offres immédiates de satisfaction du désir dans notre société, mais on peut en déceler le versant négatif en l'interprétant au sens du supplice de Tantale.
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